Pourquoi faire complexe ?
15 octobre 2005

Complexe le métier d’enseignant ? Nul n’en doute et surtout pas les premiers intéressés qui, pour la première fois, pointent cette complexité comme problème numéro un des difficultés du métier. Une complexité qui demande à être gérée.

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Complexe : aura-t-on jamais autant décliné ce qualificatif rapporté à la société que ces dernières années ? En regard, son opposé, l’adjectif « simple » est employé pour désigner les relations d’ordre qui auraient paraît-il dirigé le monde d’avant-guerre. Notre société est donc complexe, elle l’est parce que la démocratie a besoin de faire place à différents points de vue parfois contradictoires. Elle l’est encore parce que les technologies et les connaissances, notamment celles de l’information, évoluent à une vitesse qui laisse à peine le temps non de s’y adapter, mais d’apprendre à les faire fonctionner. Elle l’est enfin parce qu’elle est ouverte sur les peuples et les pays du globe.

Comment dans ces conditions, la complexité ne toucheraitelle pas le travail, le métier, surtout quand celui-ci a pour mission l’éducation des jeunes enfants ? La complexité est d’ailleurs placée au premier rang des préoccupations par les enseignants.. Selon une étude réalisée par la Direction de développement et prospective du ministère de l’éducation [[Enquête réalisée en mai-juin 2004 sur unéchantillon de mille enseignants du primaire. Note d’information consultable sur http://www.education.gouv.fr/stateval, la « complexité des missions demandées à l’enseignant » apparaît comme la première source de difficultés (60 %) dans la pratique quotidienne de la gestion de la classe et des apprentissages, devant le comportement des élèves. Le comportement passe ainsi, et pour la première fois dans ces enquêtes régulières, au second rang, traduisant l’idée que la complexité est acceptée comme une donnée de base. Ainsi à l’inverse de ceux que la nostalgie pourrait suggérer, la complexité de notre société est moins vue comme un fléau qu’il faudrait combattre que comme une réalité avec laquelle il faut vivre. Voire, pour les plus optimistes, une chance qu’il faut savoir saisir.

Sociologue et enseignant à l’Iufm de Créteil, Patrick Rayou le dit bien : l’exercice de l’enseignement aujourd’hui « est infiniment plus complexe qu’auparavant. Face à l’hétérogénéité de leur classe, les professeurs sont désormais tenus d’adapter les contenus des programmes aux élèves qu’ils ont devant eux et de consacrer beaucoup de temps à la gestion de classe ».

Avec ce qui les préoccupe en premier lieu : comment faire progresser tous les élèves en les inscrivant dans « une logique de compréhension » rappelle Frédéric Saujat, sociologue à l’IUFM d’Aix marseille « Il ne suffit pas que les élèves fassent, il faut aussi qu’ils aient compris ce qu’ils font ». Ces exigences qui ont pris le pas dans l’école ces dernières années, sont pour l’enseignant des difficultés « souvent vécues comme personnelles mais qui renvoient en fait à des soucis qui interrogent le métier : comment faire avec les nouvelles demandes sociales, les échecs, les refus d’apprendre ? » poursuit le sociologue (lire l’entretien). Comment faire ? Une question qui témoigne autant du désarroi des enseignants face à la complexité, qu’elle interroge sur les moyens pour y faire face.

Car lorsque la complexité se confond avec la multiplicité des tâches, elle apparaît comme une contrainte. De surcroit impossible à gérer quand l’institution fait peser dans le contrat l’obligation de résultats. L’objectif de réussite de tous, dès lors, « relève plus d’une injonction volontariste que d’une réelle prescription ». Comment faire « quand les critères de cette réussite ne sont pas clairement identifiés et que les moyens pour y parvenir ne font pas l’objet d’une réflexion organisée » ? La réponse appartient au moins pour partie à l’institution qui ne peut se contenter de la fuite en avant en « chargeant toujours plus la barque de l’école » (lire).

Cette évolution vers un métier plus complexe a aussi commandé depuis plusieurs années aux enseignants et à tous ceux qui interviennent dans l’équipe éducative, d’ y faire face à plusieurs par la réflexion et le travail collectif. Mais là encore le travail en équipe pour ne pas en rester à l’injonction doit s’accompagner des moyens nécessaires (lire).

Exigences de société. Les parents ne sont plus spectateurs. La nécessité d’un dialogue avec l’école a pris corps permettant de mieux situer les uns et les autres dans leur rôle (lire). Une relation dont la qualité est essentielle pour le parcours de l’enfant mais complexe à gérer. Toujours.