Montmeyran : l’école à l’épreuve vélo
18 novembre 2003

Léa s’entraîne... déjà. Sans doute comme bon nombre des 22 autres élèves de sa classe de CM1 à l’école Roger Marty de Montmeyran. Au mois de juin prochain, ils feront " la traversée de la Drôme à vélo " ( TDV). Cinq jours et près de 250 kilomètres pour rallier le nord au sud du département, des brumes du Grand Serre à la douceur déjà provençale de Buis les Baronnies. Ce sera la onzième édition de cette grande randonnée cyclotouriste qui concerne chaque année une cinquantaine de classes du département et près de 1000 élèves de cycle 3. Elle est organisée en partenariat à trois. L’Education nationale d’abord. Les enseignants travaillent en amont à sa préparation et aussi avec les conseillers pédagogiques en EPS au repérage et à la planification des itinéraires des classes. Ces derniers seront fonction des sites historiques, géographiques et patrimoniaux visités durant le parcours. Côté logistique, qui n’est pas le moindre des aspects, l’USEP prend en charge la sécurité des parcours et des points dangereux, l’organisation des repas et de l’hébergement pour les nuits. Enfin le Conseil général finance en grande partie l’opération par le biais d’une aide aux classes et par celui d’une subvention à l’USEP pour l’organisation.

Léa le sait, si elle tombe " tout le monde va tomber ". Mais elle " aime le vélo et les sorties avec la classe pour aller au musée ". L’envie surpasse déjà toutes les craintes. Et c’est sans doute la même chose pour Luc, son maître, dont ce sera la deuxième expérience. " Je ne vois pas comment se lancer dans une telle aventure sans motivation ". Une aventure pour les élèves en premier lieu, une aventure physique formatrice, assimilable à " l’exploit " dans leur esprit. Si l’on pioche dans le journal scolaire édité à la suite de la première " T.D.V " tentée par Luc, les témoignages des enfants ne trompent pas. " Cette traversée, c’est un vrai défi " dit l’un, " je suis contente car j’ai vécu des épreuves avec les copains et copines qui me soutenaient " affirme une autre. Ils auront pourtant été préparés durant l’année scolaire à la connaissance et à la maîtrise du vélo et confrontés à l’épreuve de la distance au cours de plusieurs sorties où seront testées en vrai leur maîtrise de l’engin et la connaissance des règles de circulation.

Les parents auront été, à cette occasion, eux aussi initiés à leur rôle d’accompagnateur. Un pour trois environ, la garde est serrée, la sécurité restant la hantise et l’objet d’une vigilance de tous les instants. Pour Luc justement, le projet ne pouvait prendre vie qu’avec " l’accord et la confiance de tous les parents ", ce qui n’était pas acquis d ’ avance, mais aussi parce qu’ " il est hors de question qu’un seul élève de la classe soit exclu de cette traversée " leur a t-il écrit. " Pour des raisons d’égalité et de solidarité " bien sûr, mais aussi parce que tout au long de l’année des apprentissages seront travaillés dans des disciplines d’enseignement en liaison avec la réalisation du projet " TDV ". Les élèves de la classe ont déjà commencé à aborder la géographie de la Drôme, à visualiser et construire sa carte en attendant d’approcher son histoire, son patrimoine...

L’essentiel dit Luc, " c’est que ce projet va les faire grandir, leur apprendre à vivre avec les autres ", dans un contexte d’épreuve physique où pour arriver au bout en semble, tous devront respecter les mêmes règles et " être solidaires " pour la sécurité de tous. Pour l’avoir déjà vécu, il sait bien qu’il n’aura droit à aucun instant de vigilance relâchée et ce, chaque jour de la traversée, de six heures le matin à minuit. " Quand on monte un tel projet , on est sûr que tout ne sera jamais prévu et écrit d’avance. C’est vraiment une aventure ". Et s’il ne cache pas ses inquiétudes, sa bonhomie tranquille ne l’a pas quitté, comme pour affirmer cet engagement qu’il dit " militant pour une conception de l’école ouverte " où tous les élèves puissent réussir. D’ailleurs, une solution adaptée sera trouvée pour permettre à Tom, l’enfant handicapé moteur, de rouler lui aussi avec ses copains de classe ...

Trois questions à... Luc Olivier Barriol conseiller pédagogique de circonscription E.P.S. dans la Drôme.

Quelles sont les caractéristiques de l’activité vélo dans le cadre de la "TDV" ?

Réaliser une performance mesurée. Faire 250 kms en cinq jours, les enfants peuvent l’anticiper, le mesurer et le vivre comme un exploit. C’est aussi la notion d’endurance, une compétence propre à l’éducation physique et sportive . Dans le cadre des compétences transversales, il y a tout ce qui touche à la vie en communauté et à la solidarité puisque la particularité de cette épreuve, c’est d’arriver tous ensemble. Savoir circuler à vingt quatre sur une route nécessite de connaître les règles de circulation, de modifier sa vitesse pour avancer ensemble. Les dangers sont objectifs, ce qui rend l’activité vraie.

En quoi l’E.P.S est-elle une discipline à part entière à l’école élémentaire ?

L ’ E.P.S a ses compétences propres définies dans les programmes. Ce qui fait sa particularité c’est qu’elle conduit à une transformation motrice qui est le fruit d’une réflexion, d’un va et vient pour comprendre le mouvement et pouvoir le transformer ; ce qui participe du développement complet de l’individu. C’est l’enseignant qui doit être en capacité de permettre à l’enfant de construire des apprentissages moteurs tout au long de sa scolarité. Donner aux enfants la possibilité d’approcher l’ensemble des disciplines sportives tout en faisant le lien entre elles, dans une cohérence générale, il n’y a que l’école qui peut le proposer, ça s’appelle l ’ E.P.S .

Qu’est ce que l’E.P.S apporte aux autres disciplines et inversement ?

A mon sens, l’ E.P.S est la discipline qui offre le plus la possibilité de monter des projets collectifs dans et hors de l’école. Je pense aux activités de randonnée pédestre, de randonnée à skis, ou à vélo etc. Il y a des activités physiques qui ne peuvent vraiment se développer que hors de l’école. Faire du vélo, ne peut se restreindre à développer les activités motrices d’habileté dans l’école. L ’ E.P.S qui donne le moyen de se déplacer avec son corps ouvre un champ très large de travail avec les autres matières d’enseignement en interdisciplinarité.