Le Paris de la terre
16 juin 2006

« A Paris les eaux de pluie et les eaux usées ne sont pas colléctées séparemment ». Voilà ce que l’on apprend en visitant les égouts.

« Cher Nicolas, nous avons beaucoup aimé suivre votre odyssée, permettez nous de vous raconter la nôtre... ».
La voix de Raphaël résonne dans le grand amphi du muséum d’histoire naturelle. Sous les yeux de l’aventurier Nicolas Vanier et de 8 classes (soit environ 2oo élèves) parmi celles ayant participé au projet initié par le CRDP de Paris [2], les images du dvd réalisé par la classe de CE2 de l’école Duquesne de Paris défilent sur l’écran. Mais comme le note Sylvie Celnik enseignante de la classe « ce dvd n’est pas un but en soi, il permet juste de présenter notre travail de l’année ».


Décidée à travailler sur l’EEDD autour du personnage de Nicolas Vanier « j’avais hésité l’an dernier mais le côté chasseur du personnage de son film « le dernier trappeur » m’avait quelque peu refroidi », Sylvie s’est lancé cette année avec le suivi de l’odyssée sibérienne -8000 kilomètres entre le lac Baïkal et Moscou par l’explorateur et son attelage de chiens de traîneau.

Avec ce support, ses élèves ont d’abord suivi l’avancée de l’explorateur et de ses chiens. « Sur internet où nous regardions les photos et lisions les newsletters », précise Raphaël, « mais aussi en lisant les articles (quotidiens ou hebdomadaires) de Sport, du Petit Quotidien ou de Ouest-France ». C’est à partir des newsletters envoyées chaque semaine par l’équipe de l’odyssée sibérienne que les élèves ont rédigé un carnet de voyage représenté par 16 panneaux qui résument semaine après semaine les conditions météo, le chemin parcouru, les difficultés rencontrées, les paysages traversés,...par l’expédition.

Bien entendu, il a fallu se mettre d’accord sur ce que la notion de développement durable signifiait pour tous. Et c’est ainsi que pour la classe « c’est réfléchir à la façon de produire les biens nécessaires aux hommes, toujours plus nombreux, sans abîmer l’environnement et les ressources naturelles pour que les générations futures puissent aussi en bénéficier ». Très vite et notamment suite aux ateliers périscolaires autour du livre « si le monde était un village de 100 personnes » mis en place par Patrick Schaffhauser responsable de la BCD de l’école et spécialiste des questions d’environnement, les enfants ont pris conscience qu’ils faisaient « partie des personnes qui ont la meilleure vie possible et que beaucoup de gens dans le monde n’ont pas cette chance ». Ainsi précise Sylvie, l’idée que « les pays riches modifient leurs comportements de consommation actuels qui épuisent et dégradent la nature et qu’ils aident les pays pauvres à se développer sans commettre les mêmes erreurs » a vite été développée par les élèves.

Parallèlement mais imbriqués dans le projet, quatre thèmes -eau en danger, le réchauffement climatique, la biodiversité et la déforestation- ont été plus particulièrement décortiqués par Sylvie et ses élèves.

Bien entendu les ressources parisiennes en ce qui concerne les possibilités de visites et d’expositions ont considérablement aidé. Dans les égouts de Paris pour les problèmes de l’eau, auprès de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour comprendre les différentes énergies, à l’espace Electra pour une exposition de photos sur la biodiversité menacée, au Palais de la Découverte pour des ateliers sur le tri ou le nettoyage de l’eau. Le réinvestissement de ces sorties en classe a permis l’élaboration et la rédaction d’un fichier « qui pourra être utilisé l’an prochain et les années suivantes par d’autres élèves de cycle 3 », qui comme insistent les élèves de la classe « pourront découvrir ce qu’est le développement durable, les problèmes de la terre et les gestes à faire si l’on veut la sauver ». Pour Sylvie ce fichier a été aussi pour elle l’occasion de combler un vide car comme elle le dit « même si l’EEDD figure depuis 2004 dans les programmes officiels, il n’existe pas encore d’outils pour les enseignants ».

L’occasion de présenter aux parents le fichier et le dvd ainsi que les différents panneaux - carnets de voyage, l’atelier BCD, visitessera donnée aux enfants un samedi matin de ce mois de juin. Sûrement, sous une musique de Hunn-Hurr-Tu (groupe folklorique Touva, l’un des nombreux peuples nomades de Sibérie), Antoine, Elena ou Gabrielle récitera une des nombreuses poésies qu’ils ont écrites autour des photos de Yann Arthus Bertrand « Là-bas, on puise de l’eau / Chez nous, on tourne le robinet. / Là-bas, elles marchent des kilomètres, / Chez nous, c’est à deux pas./ Là-bas, on fait attention à ne rien gaspiller, / Chez nous, on gaspille tout et on pollue. »... Et en rentrant chez elle Alma laissera traîner son fichier pour que sa mère le lise et « fasse les bons gestes pour sauver la terre ».