Colombes : dis t’es d’où ?
19 octobre 2005

A l’externat médico pédagogique de Colombes dans les Hauts-de- Seine, les élèves travaillent dans le cadre de l’éducation contre le racisme. Comment s’ouvrir au monde, apprendre par un détour dans le passé à vivre ensemble au présent ?

Tout commence, il y a 6 ans lorsque suite à une lecture collective d’extraits du journal d’Anne Franck, Mireille Dupille-Mascarallo avait organisé une rencontre avec Danielle Marc-Gervais, auteure d’un livre (1) sur son parcours d’enfant juive pendant la guerre. « Je me suis dit que le témoignage d’une personne sur le passé, ses origines parlait à ces jeunes, les questionnait » poursuit l’enseignante. Dans cette école les 60 enfants de 5 à 15 ans ont tous des besoins spécifiques liés à des troubles du comportement, de la personnalité et à la difficulté à entrer dans les apprentissages. Ces élèves sont aussi dans des questionnements forts du temps de l’adolescence. Mireille témoigne « Tous sont nés en France mais dans leurs échanges parfois agressifs, j’avais remarqué de fortes confusions entre nationalités, religions, origines. Tous ces mots n’avaient pas de sens pour eux. Nous avons exploré ensemble par le passé ce que pouvait être une identité culturelle plurielle ».

C’est ainsi, que chaque année , un groupe classe d’une dizaine d’élèves de 12 à 15 ans commence par découvrir la dérive des continents . « On est sur la terre, on ne vient pas d’ailleurs » peut on lire d’un élève sur le mur d’exposition. De là, se poursuit toute une recherche sur les origines géographiques de leur famille. Ils placent les pays ou régions sur un planisphère, recherche le drapeau ou des informations sur l’histoire, écoutent des poèmes de tous les endroits du monde. « Cela a un effet déclencheur pour s’intéresser aux autres et en même temps travailler de manière transversale différents apprentissages. J’essaie de donner du sens » explique Mireille Dupille. Ils parlent et cherchent à lire et à écrire. Plus encore, le projet permet une « médiation entre les élèves là où les rapports étaient souvent tendus, agressifs ». Le groupe s’apaise, se questionne à propos des objets rapportés de la maison, des recettes de cuisine, des musiques qui témoignent parfois de la culture d’origine. Il entretient le dialogue quand chacun présente la carte d’identité d’un pays, d’une région. Tout ne s’arrête pas une fois la porte de la salle de classe franchie. Jacques De Chalendar, éducateur spécialisé travaille aussi avec le groupe. « Dans le cadre des ateliers, ils tapent leurs textes à l’ordinateur, font des recherches sur internet. Ils essaient de travailler ensemble » précise t-il. Le travail en équipe, c’est aussi une réalité entre les professionnels de cet établissement spécialisé. La directrice de l’établissement Anne Cismondo explique que lors des réunions de synthèse, « les trois pôles pédagogique, éducatif et médico-psychologique parlent de l’enfant de ce qu’il fait, de son comportement, de ses désirs, de ses appétences, de ses difficultés. L’enseignant porte la dimension pédagogique qui s’intègre dans le projet global de l’établissement ».

Avec plusieurs années de recul sur la pratique de son projet, Mireille est formelle sur ce qu’il permet. « Les enfants acquièrent non seulement des apprentissages scolaires, mais le regard qu’ ils portent sur eux mêmes, les autres et le monde évolue. Ils font preuve d’initiatives ». « A la fin de l’année, certains sont capables de répondre à des questions ouvertes, d’argumenter. Plus encore, ils prennent les journaux, tentent de comprendre l’actualité internationale  ». Mireille affiche sa satisfaction de professionnelle « l’année dernière, quatre enfants du groupe ont été intégrés en SEGPA ».


- Quelques mots tapés à l’ordinateur par un jeune de 12 ans témoignent

  • « Je me demande s’il y a du danger dans les autres pays, s’il y a des prisons. On a pas les mêmes yeux, les mêmes peaux, les mêmes têtes et on ne mange pas la même nourriture et on est tous des êtres humains, tous sur la même planète ».

- Jacques De Chalendar, éducateur spécialisé

  • « Parler de la différence les a amené à la représenter. Le projet a été l’objet d’un travail plastique autour de masques. A partir du même support, il s’agissait de le décorer de manière personnelle. Comme un symbole, les sculptures illustrent le même et l’autre » .