« Ce que fait un enfant est passionnant »
28 août 2012

Le créateur de Tromboline et Foulbazar, de Pétronille et ses 120 petits et du poussin masqué, a imaginé le MUZ. « Cette idée, je l’ai eue dans le bus 96 au cours d’une discussion avec les frères Grimm qui visitaient Paris. Pourquoi voulez-vous que les enfants lisent vos histoires, leur ai-je dit, alors que vous ne regardez pas leurs œuvres et que vous ne vous rendez pas compte qu’elles sont aussi intéressantes ? »
lemuz.org

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- Qu’est-ce que le Muz ?

  • C’est un musée des œuvres d’enfants sur Internet. Il a pour ambition de répertorier, conserver, valoriser et rendre accessibles leurs œuvres à tous. Il existe maintenant depuis 3 ans. Notre idée de départ, avec plusieurs autres auteurs et professionnels de l’enfance, était que les enfants font souvent des choses intéressantes, même très intéressantes mais qu’elles ne sont jamais conservées ni montrées à d’autres enfants. J’avais un exemple personnel. Quand ma fille a eu 6, 7 ans elle a écrit un petit livre et a demandé qu’il soit édité. Je lui ai expliqué que ça n’était pas possible, qu’il n’y avait pas de public pour cela. Elle m’a alors répondu que d’autres enfants pouvaient être intéressés, eux. Et elle n’a plus écrit pendant 10 ans, la motivation d’être lue était perdue. Il fallait faire quelque chose, un musée des œuvres des enfants non sélective dans la forme (dessin, sculpture, écrit....) mais qui relève de la créativité. Il était illusoire de demander à des décideurs de financer un lieu pour conserver des œuvres d’enfants ! Nous avons choisi internet par défaut mais il s’est avéré que c’était la vraie solution. Les œuvres sont accessibles tout le temps, de partout.

- Pourquoi conserver une trace des œuvres des enfants ?

  • Ce que fait un enfant est passionnant si on sait regarder. Si on remonte dans le temps, on ne retrouve que très peu de traces. C’est un manque. Nous disposons cependant de collections particulières dont celle de Germaine Tortel, pédagogue de l’initiation, qui a archivé pendant 40 ans les travaux d’enfants. Nous disposons aussi de celle de René Baldy, psychologue du développement, qui travaille sur le bonhomme. Elle recouvre des dessins de plusieurs époques, de plusieurs cultures et montre l’évolution des bonhommes d’une petite fille, Rosalia née en 2006. Il explique les constantes, l’évolution des dessins, leur intérêt. Une autre salle du Muz est consacrée à des œuvres d’enfants indiens du fin fond du Mexique : les lacandons de Naha. Elles donnent à voir une vision du monde qui les entoure. Toutes ces œuvres collectées ouvrent un champ vaste de réflexion autour de la culture, de la préculture des enfants. Tout ce qui peut montrer que les enfants sont des personnes à part entière, qu’elles s’expriment et qu’elles disent des choses intéressantes est primordiale à mes yeux. Mais, nous n’avons pas de public captif, l’intérêt des adultes pour les enfants est volatile et souvent lié à la présence d’enfants autour d’eux et quand ils grandissent...

- Les enseignants sont-ils des partenaires potentiels du Muz ?

  • Dites d’abord aux enseignants que je les adore. Il faut une énergie incroyable, une grande rigueur morale et une confiance en soi et dans les enfants pour faire ce boulot ! De nombreux projets se déroulent dans les classes qui mettent en jeu la créativité des enfants et qui peuvent être proposés au Muz. Il existe un espace dédié pour cela, « Ateliers », où les enseignants peuvent montrer l’élaboration de leur travail. Il ne s’agit pas de données des recettes mais des pistes. Le Muz n’intervient pas. Par contre il peut en extraire des œuvres pour les salles du « musée ». Car contrairement à ce qui se passe dans les classes, le Muz choisit les œuvres qu’il expose. Il existe un jury qui donne son avis sur les œuvres présentées dans une salle spéciale. Et dans ce cadre, n’importe qui peut proposer une œuvre : un enfant, un parent, un enseignant... Elles sont repertoriées et idéalement, on pourrait imaginer rechercher les œuvres selon qu’elles sont réalisées par des petites filles, de 9 ans par exemple.

- Quel lien faites-vous entre le travail de découverte d’une œuvre artistique, et les création d’œuvres par les enfants ?

  • Dans le cadre du Muz, cette dimension n’est pas primordiale. Il est intéressant de comprendre le langage des autres en peinture comme dans les écrits mais au final notre démarche est complètement subjective : il faut que les œuvres nous touchent, qu’elles nous parlent pour que nous les choisissions avec l’espoir qu’elles toucheront les gens et qu’ils s’intéresseront à ce que font les enfants.