Entretien avec Cécile Fortin Debart
« Avec des partenaires éducatifs, on s’ouvre à d’autres types d’approches pédagogiques »
16 juin 2006
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Cécile Fortin Debart

- Qu’apporte la notion de développement durable à l’éducation à l’environnement ?

  • Elle apporte de nouvelles dimensions telles que la solidarité avec les générations futures, la solidarité avec les pays en voie de développement... Elle met davantage l’accent sur la démarche participative et sur les interactions entre les sphères sociales, économiques et environnementales. Cependant on peut noter que certaines actions d’éducation à l’environnement intégraient déjà ces dimensions, envisageant ainsi l’environnement dans ses aspects biophysiques, mais également sociaux, économiques, politiques, éthiques etc.

- Quelles sont les difficultés à l’enseigner à l’école primaire ?

  • Les difficultés sont nombreuses : d’abord les notions de solidarité avec les générations futures et de solidarité avec des pays éloignés sont difficiles à aborder avec de jeunes élèves dont les repères spatio-temporels sont en pleine construction. Et puis, le développement durable est quand même une question très complexe, c’est une problématique politique qui questionne la mondialisation, le développement économique etc. Comment aborder tout cela avec de jeunes élèves ? Il me semble plus important de leur donner des outils pour comprendre leur environnement proche et commencer à construire chez eux l’idée qu’ils peuvent être acteurs, à leur niveau, dans leur cadre de vie.

- Qu’est-ce que cela implique au niveau des pratiques pédagogiques ?

  • Je dirais le pire et le meilleur..... Le pire, c’est d’envisager le développement durable comme un recueil de gestes à adopter, une recette magique à appliquer par tous, quelles que soient les situations. On voit ainsi de nombreux projets dont le principal objectif est d’inciter les élèves à changer de comportements souvent pour économiser l’eau ou trier les déchets. Bien sûr ces comportements sont favorables à l’environnement, mais d’un point de vue éducatif, cet aspect uniquement comportemental ne peut pas être satisfaisant. Développer l’esprit critique, l’autonomie, adapter la problématique environnementale ou développement durable au cadre de vie de l’élève, construire un lien avec ce qui nous entoure, développer un sentiment d’appartenance pour son territoire et son patrimoine me semblent des objectifs autrement essentiels. Concrètement, en terme de pratiques pédagogiques, certaines étapes paraissent obligatoires. La première, c’est de partir des représentations des élèves, de la manière dont ils conçoivent leur cadre de vie et leur place dans cet environnement proche. On peut observer au primaire que le plus souvent ils ont une représentation assez « égocentrique » de l’environnement. On va chercher alors à élargir cette vision en les invitant à redécouvrir ce milieu de vie, sous un autre regard, plus global, et pourquoi pas sous l’angle de certaines dimensions du développement durable ? En tout cas, il s’agit de les inviter à explorer leur milieu de vie, de développer des sentiments pour ce milieu, de construire un lien. Eventuellement des problèmes peuvent émerger et on peut alors inviter les élèves à chercher des solutions, à élaborer des propositions etc. Et alors là, oui, la notion de comportement à adapter peut apparaître.

- Est-t-il souhaitable d’enseigner l’EEDD en partenariat, avec qui et pourquoi ?

  • La démarche partenariale est importante pour plusieurs raisons. Mais avant tout, il faut peutêtre préciser ce qu’on entend par démarche partenariale. Le partenariat, c’est l’implication d’acteurs extérieurs à l’école (associations, collectivités, laboratoires scientifiques, musées, parc naturel régional etc.) qui apportent un soutien pédagogique ou logistique, technique, scientifique ou bien alors collaborent réellement dans un projet en co-construisant avec l’enseignant la démarche pédagogique. On peut donc observer un gradient d’engagement et de collaboration dans la démarche partenariale. Si je prends l’exemple du partenariat école-musée, ça peut aller de la simple visite d’une exposition à la construction d’un véritable projet éducatif impliquant des enseignants et l’équipe pédagogique du musée. Quoiqu’il en soit, le partenariat est très important et je vois principalement deux raisons. La première, c’est que l’environnement et le développement durable sont des objets sociaux complexes partagés par de multiples acteurs. Et ce sont souvent les conflits d’intérêts, d’usage et de représentations qui posent problème. On le voit bien en ce moment avec l’introduction d’ours dans les Pyrénées. Donc plus on multiplie l’implication d’acteurs différents, plus la question envisagée aura des chances d’être abordée dans toute sa complexité. La deuxième raison pour évoquer l’importance du partenariat, c’est que nos rapports à l’environnement sont si complexes que la pédagogie liée à l’environnement ou au développement durable ne peut reposer sur une approche unique. En faisant appel à des partenaires éducatifs, on s’ouvre ainsi à d’autres types d’approches pédagogiques, le plus souvent complémentaires. Enfin, il faut dire aussi que mettre en oeuvre un projet d’EEDD n’est pas une chose simple et que tout simplement le partenariat peut constituer une aide non négligeable pour l’enseignant.